#141 James Joyce

James Joyce, 1928

Berenice Abbott

Ce portrait de James Joyce, pris par Berenice Abbott en 1928 à Paris, est célèbre. À juste titre.

Jeune artiste américaine de la mouvance bohème new-yorkaise, Berenice Abbott débarque à Paris – là où il faut être – en 1921, où elle espère devenir sculpteur. Le destin en décidera autrement : en 1923, elle est engagée par Man Ray comme assistante et maîtrisera rapidement les techniques de prise de vue et de tirage tout autant que le métier de portraitiste, apprenant par la même toutes les ficelles du métier. La jeune femme est alors immergée au cœur de la scène artistique d’avant-garde, et notamment surréaliste. Au bout de trois ans d’apprentissage, Berenice Abbott maîtrise toutes les ficelles du métier, quitte son maître et ouvre son propre studio rue du Bac en 1926.

Lorsqu’Abbott réalise ce portrait, James Joyce est devenu l’un des plus importants écrivains de l’intelligentsia anglo-saxonne installée à Paris, dont l’épicentre se situait dans la librairie de Sylvia Beach, Shakespeare and company. Cette dernière venait de publier, en 1922, le roman révolutionnaire de Joyce, Ulysse, et il est probable que c’est à elle que revient l’idée de demander à Berenice Abbott de faire son portrait.

James Joyce pose de trois quarts, élégamment vêtu d’une cravate rayée, le regard distraitement fixé sur le côté, sur un fond gris neutre. Il tient une canne dans sa main droite et l’on distingue nettement sur sa main gauche négligemment lâche deux belles bagues. Une certaine douceur se dégage de l’ensemble et l’on dirait un songe. Une étude subjective, une sorte de réflexion sur lui-même qui révèle la nature introvertie du sujet tout autant que sa complexité. Ce portrait empreint d’empathie restera comme « le » meilleur. Comme le disait Sylvia Beach, « avoir son portrait fait par Man Ray ou par Berenice Abbot, ça signifie que vous êtes quelqu’un » – To be done by Man Ray or Berenice Abbott meant you rated as somebody…